Il y a des séances qui commencent par une excuse. Un retard de quelques minutes, une connexion qui saute, une voiture garée devant un immeuble, un enfant qui frappe à la porte. On parle de technique. On ne parle pas encore de ce qui s’est joué avant de cliquer.
Se connecter est un acte. Et les actes parlent, même quand celui qui les accomplit sait très bien ce qu’il devrait faire. Garder cette heure pour soi, par exemple. Chacun le sait. Savoir ne suffit pas.
On croit que l’écran met de la distance. Il en révèle surtout la qualité. Pour certains, il abaisse le seuil de la première parole : pas de salle d’attente, pas de regard frontal, un lieu familier autour de soi. Pour d’autres, il sert de paravent : on peut parler longtemps sans rien dire, garder son visage cadré, composé, présentable.
Ce qui se joue avec l’agenda se joue souvent ailleurs, dans le couple, avec les équipes, avec l’argent. La même manière de s’éclipser, d’écourter, de tenir à l’abri ce qui compte vraiment. À distance, il reste peu de décor pour masquer cette répétition.
Il y a aussi la langue. Une langue apprise protège, une langue maternelle expose. Et c’est souvent l’exposition qui rend le travail possible.
Alors la question n’est pas de savoir si la téléconsultation est moderne ou pratique. Elle est de savoir ce que l’écran permet de dire, et ce qu’il protège.
Je prolonge cette réflexion dans une analyse complète : https://frenchexpat.uk/analyses/teleconsultation-expatrie-ce-que-l-ecran-permet-de-dire


